Sain-Bel • Handicap psychique : une structure pour (re)découvrir la “pépite qui est en soi”

Le Comptoir des criques n’est pas une cafétéria comme les autres : c’est aussi une Entreprise adaptée (EA) et un Établissement et service d'aide par le travail (ESAT). Visite d’un restaurant extraordinaire - et pourtant on ne peut plus ancré dans notre société.

Crédit photo :
thiate.fr

 

Planté au sommet de la colline dominant l’Arbresle, le Comptoir des criques a tout de la cafétéria ordinaire : une grande salle accueillant chaque jour les travailleurs des alentours au moment du déjeuner, des repas qui mitonnent dans des cuisines aux normes européennes, un menu annoncé sur une ardoise à l’extérieur, des plateaux prêts à être remplis.  Pourtant, le personnel qui travaille dans ce restaurant n’est pas ordinaire : il est majoritairement constitué de personnes atteintes de handicaps psychiques.

“Les personnes qui sont accueillies ici sont porteuses d’un handicap psychique relevant soit de l’Entreprise adaptée, comme le burnout ou le manque de confiance, soit, pour les personnes au sein de l’ESAT, d’affections nécessitant un traitement, comme le trouble bipolaire ou la schizophrénie”, explique Caroline Murigneux, conseillère d’insertion au Comptoir.

“Nous les accueillons afin de les réinsérer en milieu ordinaire. Mais nous ne sommes par un ESAT classique comme celui de Tarare : nos travailleurs ne sont pas là pour rester ; ils sont en phase de transition. Nous leur permettons de repartir quand ils ont pris confiance en leurs capacités”, continue Caroline Murigneux.

Sortir de l’assistanat

Chaque travailleur handicapé est accompagné par un responsable d’unité de production (RUP), qui prend trois ou quatre personnes “sous son aile”. La structure compte cinq RUP, dont un pour la logistique et l’achat et un pour la constitution des plats chauds et des entrées, à laquelle participent les travailleurs handicapés en coupant les légumes, en faisant la mise en place ou encore la plonge - sauf si ces travailleurs ont des diplômes particuliers leur permettant d’effectuer des tâches plus compliquées-.

Des formations sont également proposées aux travailleurs mais aussi des tests de mathématiques, du repérage dans l’espace, de la lecture. Certains de nos employés n’ont pas travaillé depuis longtemps, voire n’ont jamais travaillé et viennent pour apprendre un métier, se conformer à des horaires fixes, au travail en équipe, etc. ”, explique Véronique Saba, assistante de direction. “L’objectif est de leur donner un statut de travailleur pour les sortir de l’assistanat. Ils deviennent acteurs de la société et de leur vie”.

À ces RUP s’ajoutent un responsable de site, Gaëtan Ducoulombier, la conseillère en insertion Caroline Murigneux et un livreur. Certaines personnes étant sous traitement, il leur est parfois possible de rencontrer des difficultés à effectuer des tâches, ou certaines explications doivent être répétées jour après jour à cause de problèmes liés à la compréhension. Les travailleurs en EA, considéré comme un “milieu ordinaire” et en ESAT, “milieu protégé”, se mélangent pourtant, sans problème, dans la structure.

Une passerelle vers l’emploi 

Les personnes qui entrent au sein du Comptoir des criques sont “forcément volontaires” et leur travail au Comptoir des criques leur offre une passerelle vers l’emploi : “Cela a un effet positif car cela leur permet de franchir un cap en acceptant la maladie ; c’est prouvé médicalement et scientifiquement”, affirme Gaëtan Ducoulombier, responsable du site de Sain-Bel. “Nous sommes très proches du milieu ordinaire et cela crée une véritable dynamique entre les travailleurs et l’encadrement du Comptoir des criques”, ajoute-t-il.

Le processus d’entrée se découpe en trois étapes. La première est une procédure de mise en confiance, d’adaptation, de prise de rythme de travail. La deuxième est la construction d’un projet professionnel : “Notre activité est un support pour (ré)-acquérir des compétences professionnelles”, explique Caroline Murigneux. La dernière étape est la recherche d’emploi. Si la personne est dans l’impossibilité de trouver du travail, elle est réorientée vers une ESAT traditionnelle.

En chiffres

22 travailleurs en ESAT
6 travailleurs en EA
5 responsables d’unité de production
1 conseillère d’insertion
2 postes de direction
En moyenne, les personnes accueillies au Comptoir des criques restent 4- 5 ans dans la structure.
Les 28 personnes travaillant au sein du Comptoir des criques ont entre 19 et 50 ans, les femmes et les hommes sont représentés à part égale.
Le taux de réinsertion est de 10% des effectifs, ce qui est au-dessus de la moyenne nationale.

Pendant deux ans, la conseillère d’insertion suit le parcours des personnes qui entrent dans la structure. Ce suivi leur permet de prendre confiance : “Nous sommes là pour les aider”. Ce lieu de travail est protégé, avec un temps de travail adaptable et une gestion des absences plus souple que dans une entreprise classique. “Malgré cela, je ne suis pas sûre que toutes les personnes qui viennent déjeuner à la cafétéria sachent que nous sommes un ESAT”, reconnaît Véronique Saba.

Agefiph et mise à disposition : l’aide dans les deux sens

La grande majorité des clients du Comptoir sont des personnes travaillant sur la zone industrielle de la Ponchonnière. Ces clients ont un compte mensuel, avec une facture qu’ils peuvent payer en fin de mois.

Grâce à cette facture, toute entreprise du secteur privé et public employant au moins 20 salariés, depuis plus de 3 ans, s'acquitte partiellement de l'obligation légale d'emploi des personnes en situation de handicap citée dans la loi n°87-517 du 10 juillet 1987 et a donc droit à une attestation de contributions Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l'Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées), avec exonération partielle d’unités bénéficiaires. “Les personnes qui mangent ici peuvent bénéficier de cette réduction car elles font travailler des personnes handicapées”, explique Véronique Saba.

Il arrive aussi que la structure effectue une mise à disposition collective ou individuelle de travailleurs, comme c’est actuellement le cas avec deux personnes du Comptoir qui ont été détachées pour travailler chez Sodexho, où elles sont en charge de la plonge et de la mise en place des repas. Cette procédure de mise à disposition du personnel dans des équipes de restauration pour la réalisation de prestations diverses peut parfois donner lieu à des embauches dans des entreprises classiques.

Sous la forme de contrat de mise à disposition individuelle à temps plein ou à temps partiel, les personnes reconnues handicapées réalisent les activités de certains établissements ne justifiant peut-être pas l'emploi d'un salarié. Pour les mises à disposition collectives, le personnel est encadré par un professionnel qui assure la gestion quotidienne des effectifs et de la production.

Livraison de repas aux entreprises

Le Comptoir des criques assure aussi la fabrication et la livraison de repas auprès d'entreprises ou d'établissements scolaires. Depuis septembre 2016, la cafétéria propose ce service de portage à des entreprises jusqu’à Lyon, Vénissieux et Saint-Fons. Ces dernières peuvent passer commande sur Internet 72 heures avant la livraison. Les repas sont livrés sous forme de barquettes collectives ou individuelles, étiquetées au nom de la personne, avec pain et boisson.

Le Comptoir des criques sert déjà 500 repas par jour via le portage, à des lieux très différents comme le Couvent de la Tourette, une blanchisserie à Vénissieux et Rhodia à Saint-Fons. Grâce au maillage du réseau avec les entreprises, les personnes employées par le Comptoir des criques ont la possibilité de devenir actrices de leur projet.

“Chacun possède en soi une pépite qu’il faut (re)découvrir”, conclut Caroline Murigneux. “Nous croyons au potentiel de chaque personne et nous laccompagnons pour la faire passer du stade de malade au stade de travailleur. Nous croyons en la personne. Nous cherchons à révéler ses capacités et laidons à les exploiter. C’est une mission passionnante”. 

• Céline Foggie

Infos utiles

Le Comptoir des criques
Les Grands Champs, Z.I. La Ponchonnière 69210 Sain-Bel
Ouvert du lundi au vendredi de 11h45 à 14h
Produits frais et cuisinés sur place

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