Marcy-l’Étoile-Mérieux : Cent ans de mariage

En 1917, Marcel Mérieux installait à Marcy-l’Étoile une écurie afin de recueillir le sérum des chevaux. Un siècle plus tard, la commune abrite le premier site mondial de production des vaccins Sanofi Pasteur, Bio-Mérieux, firme spécialisée dans les diagnostics et l’École nationale vétérinaire.

Alain Mérieux, Marie-José Quentin Mille, directeur général délégué de Sanofi Pasteur, Joël Piegay, maire de Marcy-l'Étoile et Yves Moreau, président du musée Mérieux se sont réunis jeudi 16 novembre pour célébrer le centenaire de l'usine Mérieux à Marcy-l'Étoile • Crédit photo : Christine Cognat

 

On désigne sous le terme “noces d’eau” un mariage de cent ans. Et en effet, il en a coulé de l’eau sous les ponts depuis que Marcel Mérieux a acquis en 1917 – en pleine guerre – vingt hectares de terrain à Marcy-l’Étoile pour installer les chevaux dont il recueillait le sérum à visée thérapeutique. Un siècle de relations étroites entre la famille de ce chimiste passionné de microbiologie après son passage à l’Institut Pasteur de Paris et cette petite commune de 300 habitants devenue le pôle de médecine humaine et animale le plus important de l’Ouest lyonnais. Devant un auditoire captivé, Alain Mérieux, petit-fils de Marcel et actuel président de la Fondation Mérieux, a raconté le 16 novembre cette saga industrielle dans la Salle des Fêtes de Marcy-l’Étoile, en compagnie du maire Joël Piegay, de Marie-José Quentin-Millet, directeur général délégué de Sanofi Pasteur et de Yves Moreau, ancien directeur général de Mérial, président du musée Mérieux créé lui aussi à Marcy l’Étoile.

L’eau du ruisseau rouge de sang

Ce mariage est également celui de la médecine humaine et de la médecine animale, comme n’a cessé de le répéter Alain Mérieux. “Nous avons beaucoup appris des techniques vétérinaires et le vaccin contre la fièvre aphteuse a bouleversé la vaccinologie. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que 60 à 70% des pathologies humaines sont d’origine animale”, rappelle-t-il. En effet, si Marcel Mérieux, au sein de l’Institut qu’il a créé en 1897 sous les combles de l’Hôtel-Dieu à Lyon, s’attache à la lutte contre la tuberculose, la diphtérie, le tétanos et les fièvres puerpérales à streptocoques qui tuaient une accouchée sur dix, il s’associe avec un vétérinaire, Henri Carré et fonde en 1926 l’Établissement sérothérapique de la fièvre aphteuse à Marcy-l’Étoile. Il parvient ainsi à éradiquer localement l’épidémie qui décimait les troupeaux de bovins de la région lyonnaise. Dans le même temps, l’Institut Mérieux développe la production de tuberculine qui permet le dépistage de la tuberculose par la cutiréaction.

Mais c’est Charles Mérieux, succédant à son père en 1937, qui va véritablement développer l’entreprise familiale et lui donner son caractère industriel. En 1952, après un voyage aux États-Unis, il se lance dans la production des dérivés sanguins, gammaglobulines et albumine, une protéine utilisée notamment chez les polytraumatisés et les grands brûlés. Ces dérivés sont extraits du placenta humain et Alain Mérieux raconte à ce propos une anecdote datant d’une époque où la protection de l’environnement ne constituait pas une priorité : “Nous avons vu arriver un jour le maire de Charbonnières furieux parce que nous rejetions dans son ruisseau des déchets de placenta, rendant ainsi l’eau rouge de sang”. Une pollution inimaginable aujourd’hui. “D’ailleurs nous avons réalisé beaucoup de choses qu’il serait impossible de faire à présent. Par exemple, nous avons livré en 1974 cent millions de doses de vaccin contre la méningite au Brésil avant même d’en avoir reçu la commande et en-dehors de toutes les normes. Pour sa fabrication, nous avons construit un bâtiment en quatre mois”, poursuit Alain Mérieux. “Tous nos laboratoires, y compris vétérinaires, se sont mis à produire ce vaccin”.

Alain Mérieux, Marie-José Quentin Millet et Joël Piegay • Crédit photo : Christine Cognat

 

“Il faudrait au moins cinq ans pour arriver au même résultat aujourd’hui”, renchérit Marie-José Quentin-Millet qui se félicite néanmoins des victoires encore remportées dans ce domaine. “Nous sommes en train de gagner la guerre contre la poliomyélite”, affirme-t-elle. “En 1998, on en comptait encore 450 000 cas dans le monde. En 2016, on n’en a recensé que 37, grâce à la vaccination qui a pris de l’ampleur à partir de 1988 avec l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite, à laquelle Sanofi Pasteur a participé avec d’autres partenaires publics et privés”.

Une avenue, un stade et un musée Mérieux

En 1968, Rhône-Poulenc rachète 51% des parts de l’Institut Mérieux. Pasteur-Mérieux se  consacre aux vaccins humains tandis que Rhône-Mérieux vise la santé animale dans ce qui deviendra Mérial avant d’être cédé à Boehringer Ingelheim. “Je ne suis peut-être pas un grand libéral mais je dois avouer que nos plus belles années l’ont été quand Rhône-Poulenc a été nationalisé, avec à sa tête Le Floch-Prigent. Lorsque nous avons voulu en 1989 acquérir le groupe canadien Connaught, nous avons dû faire face à une attaque du suisse Ciba. Nous sommes donc allés voir Michel Rocard, alors premier ministre, qui nous a donné le feu vert pour contrattaquer”, continue Alain Mérieux. Pasteur-Mérieux-Connaught prend le nom d’Aventis Pasteur avant d’adopter celui de Sanofi Pasteur. Si le siège de cette dernière société se trouve maintenant à Lyon, le site de Marcy-l’Étoile n’en est pas pour autant délaissé puisqu’il abrite à ce jour  4 000 collaborateurs répartis entre le plus important centre de recherche et développement du groupe ainsi que la plus grosse unité de production de vaccins dont plus de 97% sont exportés. “Nous sortons plus d’un milliard de doses par an, permettant de vacciner 500 millions de personnes”, précise Marie-José Quentin-Millet. “Sur la commune, Sanofi Pasteur occupe 40 hectares sur lesquels sont élevés 90 bâtiments et nous y servons 356 000 repas par jour”.

Joël Piegay, maire de Marcy-l'Étoile et Alain Mérieux • Crédit photo : Christine Cognat

 

La famille Mérieux, quant à elle, se désengage de ses activités vaccinales en 1994 pour se recentrer sur les diagnostics, l’immunothérapie et la sécurité alimentaire, après s’être associée avec l’américain Becton-Dickinson pour aboutir à B-D Mérieux puis à BioMérieux en 1974. Depuis longtemps les chevaux ont quitté Marcy-l’Étoile pour Alba en Ardèche, où Charles Mérieux a acheté une propriété mais BioMérieux est resté, y installant même son siège social mondial. En 2017, l’entreprise a produit 140 millions de tests, en majorité pour l’international, dont 40% ont été vendus en Chine. Elle emploie à Marcy-l’Étoile 1 750 personnes sur ses quelque 10 000 collaborateurs répartis sur dix-neuf sites dans le monde.

Il n’est donc pas étonnant que la commune, qui bénéficie des recettes fiscales des deux sociétés, ainsi que le note avec malice son maire Joël Piegay, ait baptisé du nom des généreux contributeurs plusieurs équipements. C’est ainsi qu’après l’avenue Marcel-Mérieux et le stade des docteurs-Mérieux, le musée de sciences biologiques Docteur Mérieux installé dans la maison Carmino appartenant à l’ancien blanchisseur de l’Institut Mérieux, propose depuis dix ans à ses visiteurs un retour vers le passé depuis la découverte de la vaccination par Jenner jusqu’à l’aventure industrielle de la famille Mérieux. “Nous dénombrons cette année 2 000 visiteurs de plus qu’en 2016, ce qui montre l’intérêt grandissant du public pour la science”, conclut son président Yves Moreau. Une aventure plus que centenaire et une liaison d’un siècle avec Marcy-l’Étoile, c’est bien plus qu’un mariage de raison.

• Christine Cognat

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Roy
Invité

Respect à cette famille avec une pensée particulière pour leurs enfants trop tôt disparus

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