Autoroute A45 : Un projet « mensonger »

Alors que le ministère des Transports a annoncé, en septembre dernier, repousser la décision finale concernant la nouvelle autoroute A45, les opposants restent mobilisés. Selon eux, le projet est mené de façon malhonnête et mensongère. Tour d’horizon sur une A45 semée de contradictions.

Le tracé de l'A45 • Photo DR

 

L’autoroute A45, longue de 48 km, qui doit, d’ici 2022, relier Brignais (69) à La Fouillouse (42), est présentée par les partisans comme le moyen de désengorger l’autoroute A47 entre Lyon et Saint-Étienne, jugée dangereuse et saturée. L’idée de créer une nouvelle autoroute ne date pas d’hier. En 1935, un tracé de liaison rapide entre Saint-Étienne et Lyon, avait été proposé par la Société des autostrades françaises. “À l’époque, ils avaient fait une étude d’impacts qui était d’une qualité incomparable. Ils avaient comptabilisé tous les arbres fruitiers qui disparaîtraient, le nombre d’hectolitres de vin mais aussi de lait, qui ne seraient plus produits dans la zone traversée par la liaison”, précise Maurice Fisch, président de l’association intercommunale La Sauvegarde des Côteaux du lyonnais.

Il faudra attendre 1993 pour que le projet revienne sur la table. Les premières études sont lancées. En 2006, une enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique est menée. En 2008, Jean-Louis Borloo, alors ministre chargé de l’Aménagement du territoire, déclare que l’A45 est d’utilité publique. Les appels d’offres pour sa construction sont lancés en 2012 et Vinci devient officiellement le futur concessionnaire pour une durée de 55 ans, en mars 2015.

Week-end de rassemblement, les 1er et 2 juillet 2017 • Crédit photo : nona45.fr

 

Depuis, les opposants à l’A45 se mobilisent plus que jamais. Créée en 1990, la Sauvegarde des Côteaux du lyonnais regroupe un trentaine d’associations locales et compte 3 500 adhérents. Un poids important pour contester le projet. De nombreuses manifestations sont organisées. La première date du 18 juin 2016, à Saint-Étienne. Lors de celle-ci, les opposants accompagnés de quelques élus mettent “un carton rouge” à l’A45. Trois mois plus tard, le 18 septembre 2016, les manifestants choisissent un lieu symbolique : la ferme du Mornantais, dans le Rhône, terriblement impactée par le tracé. Leur manifestation “NopasarA45” fait grand bruit. Le week-end du 1er et 2 juillet dernier, a aussi fait parler de lui. Près de 8 000 personnes se sont rassemblées à Saint-Maurice-sur-Dargoire (69) et de nombreux agriculteurs ont fait le déplacement avec 134 tracteurs pour écrire “non A45” sur le terrain. Depuis, d’autres actions comme celle de Saint-Joseph (42), le 30 septembre dernier, où une loge vigneronne, en ruine, doit être reconstruite à l’identique. La déclaration de travaux a été déposée par le propriétaire du terrain mais celle-ci se situe sur le parcours de l’A45. Ou encore, le 8 octobre, à Cellieu (42), lors de l’inauguration d’une tour de veille qui surplombe la vallée, au milieu du tracé de l’A45. “Nous choisissons des lieux symboliques pour marquer le territoire. La SCL n’est plus toute seule, elle est dans une grosse machine qui s'appelle la coordination des opposants à l’A45”, explique fièrement le président de l’association.

La destruction agricole et économique

Les opposants à l’A45 affolent les esprits. 500 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels seront perdus sous le bitume. Le Collectif Paysan annonce de son côté 1 000 hectares (en comptant les aires de repos, les stations services, les zones d’échanges, etc.) et 375 fermes menacées. Pour Maurice Fisch, une partie de l’activité économique de la zone sera affectée : “dans le secteur, ce sont en général de petites fermes de cinq à dix hectares. Les fermes de Jean Guinand et celle du Mornantais sont plus grosses certes mais tous les paysans que j’ai rencontrés reconnaissent eux-mêmes qu’ils vivent correctement de leur activité, parce qu’ils vendent la plupart du temps, en direct, des produits qu’ils produisent ou qu’ils transforment eux-mêmes. À partir du moment où ils sont seuls intervenants, ils peuvent afficher des prix raisonnables mais rémunérateurs. C’est donc une partie de l’activité économique qui va être impactée”. Des milliers d’expropriations doivent aussi être convenues avant le 16 juillet 2020.

Manifestation des tracteurs lors du rassemblement, le 18 septembre 2016 • Crédit photo : nona45.fr

 

Plus de bouchons et un détour pour Saint-Exupéry

De telles destructions pour un effet quasi nul sur le trafic. Le projet a pour objectif de fluidifier et de désengorger l’A47. Dans le dossier d’enquête publique, l’A47 serait soulagée pendant les trois premières années suivant l’ouverture de l’A45. Selon la Sauvegarde des Côteaux du lyonnais, au-delà de ces trois premières années, elle serait tout autant saturée. Entre une A45 payante à cinq euros le péage qui arrive sur un bouchon à Brignais-Saint-Genis-Laval-Pierre-Bénite et une A47 gratuite qui arrive aussi sur un bouchon à Givors, le choix sera vite fait pour les automobilistes.

Les promoteurs revendiquent aussi la possibilité de se rendre plus rapidement à l’aéroport de Saint-Exupéry par l’A45. Pour Maurice Fisch, ce raisonnement n’est pas judicieux.

• Crédit photo : thiate.fr

Est-il pertinent de passer par Taluyers, Brignais ou encore Pierre-Bénite pour aller à l’aéroport ? J’ai présenté à la ville de Saint-Étienne mon point de vue. Puisqu’il y a un aéroport à Andrézieu-Bouthéon, il serait plus raisonnable de mettre en place une navette aérienne à Andrézieu-Bouthéon pour s’affranchir de toute circulation et ne pas faire disparaître la terre agricole. La municipalité n’a pas su quoi me répondre”, Maurice Fisch, président de La Sauvegarde des Coteaux du lyonnais.

Un coût exagéré et un temps de parcours faussé

En 2006, lors de l’enquête publique, le coût estimé pour la construction de la nouvelle autoroute est de 1,2 milliard d’euros. Aujourd’hui, le coût annoncé est de 1,5 milliard d’euros, prenant en compte les centaines de millions nécessaires aux raccordements. Pour la Sauvegarde des Côteaux du lyonnais l’explication est tout autre. “Ils s’amusent à faire varier les chiffres. Dans le dossier officiel, c’est toujours 1,2 milliard d’euros TTC avec une TVA à 20%. Ils sont très malins et malhonnêtes. Laurent Wauquiez - président du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes - a demandé au cabinet Artelia, à Lyon, d’étudier les coûts de l’A45 et de la réhabilitation de l’A47. Curieusement, en avril 2016, Artelia valide le coût de l’A45 à 1,2 milliard d’euros, valeur de 2006. Il n’y a donc pas de réactualisation. En parallèle, Artelia étudie le coût de la requalification de l’A47 qui avait été calculé par les services départementaux du Rhône et de la Loire à 300 millions d’euros en 2005. Artelia réussit à réactualiser de façon incompréhensible le coût à 950 millions d’euros. Ils ont en fait ajouté ce que la commission d’enquête avait demandé pour l’A45, à savoir un nouveau pont sur le Rhône et plusieurs raccordements. Ce n’est pas possible qu’entre 2005 et 2016 le prix ait été multiplié par trois”, explique Maurice Fisch. Un argument qui permet à Laurent Wauquier de justifier le choix A45 qui coûterait pas bien plus cher que la rénovation de l’A47 si nous en croyons les chiffres. Mais surtout elle prendrait plus de temps. La mise en service de l’A47 n’interviendrait pas avant 2031-35, contre 2020 pour l’A45.

Carte du tracé de l'A45 dans le Rhône • Crédit photo : La Sauvegarde des Côteaux du lyonnais

 

Le projet autoroutier A45 permettrait de réduire à 35 minutes le temps de parcours entre Saint-Étienne et Lyon. Cela ne semble pas totalement vrai. Il est possible que le temps de parcours sur une autoroute toute neuve soit de trente-cinq minutes entre La Fouillouse et Brignais mais en aucun cas, de Saint-Étienne à Lyon. Pour rejoindre La Fouillouse depuis Saint-Étienne, il faut compter une quinzaine de minutes et pour aller de Brignais à Lyon, au moins vingt-cinq minutes. La Sauvegarde des Côteaux du lyonnais dénonce cet argument. Les promoteurs auraient dû l'appeler La Fouillouse-Brignais et non Saint-Étienne-Lyon.

Des subventions publiques réduites

L’A45 doit être financée pour un tiers par Vinci et pour deux tiers par l’État et par les collectivités territoriales. Elle devait être subventionnée à hauteur 845 millions d’euros. En 2016 cette somme a été revue à la baisse parce que l’indice BTP01 avait légèrement baissé entre janvier et avril. La subvention est ainsi ramenée à 790 millions d’euros. Ces 790 millions sont divisés en quatre, la moitié pour l’État et 131 millions d’euros chacun, pour le Conseil départemental de la Loire, l’agglomération de Saint-Étienne et le Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes. Laurent Wauquiez a fait savoir, le 29 juin 2016, que la Région pourrait subventionner le projet à hauteur de 131 millions d’euros et que les travaux pourraient commencer début 2019, alors que le contrat de concession n’a toujours pas été signé par l’État.

Une fausse délibération

Le 14 avril 2016, lors de la séance publique du Conseil régional, Sophie Cruz, conseillère régionale, prend la parole pour dire combien elle est opposée au projet A45. Laurent Wauquiez lui répond “ne soyez pas inquiète, je demande une étude comparative entre le projet A45 et la réhabilitation de l’A47 actuelle et nous déciderons au vu des résultats de cette enquête comparative. Je vous propose une somme qui n'est pas affectée, ce qui signifie qu'on pourra se retirer à tout moment sans aucune pénalité”. Huit jours plus tard, la délibération officielle de cette séance publique paraît sur internet en mentionnant la somme de 131,8 millions d’euros, affectée au chapitre Transports, comme participation à la construction et au financement de l’A45. Pour Maurice Fisch, celle-ci est un faux en écriture publique : “J’ai déposé, à titre personnel, un recours au tribunal administratif, le 25 juin 2016. Laurent Wauquiez est malhonnête. Un huissier de justice a donc attesté que ce qui est enregistré en vidéo sur le site de la Région n’est pas ce qui est retranscrit dans la délibération. Si le Tribunal est honnête, il ne peut pas faire autre chose que d’annuler la délibération”.

Plusieurs alternatives

Plusieurs alternatives sont mises en avant par les opposants à l’A45. Favoriser le covoiturage organisé, en installant des aires de covoiturage et en appliquant un tarif diversifié aux personnes concernées. Développer le télétravail mais aussi mettre en place une télécabine avec la nouvelle méthode “supra ways”. L’idée serait que des cabines de six à huit places aillent vers une destination ciblée en fonction de leurs occupants. Certains pourraient partir de la Grande-Croix, dans la vallée du Gier et s’arrêter à Saint-Chamond, alors que d’autres pourraient aller de Saint-Étienne à Lorette et d'autres encore de Rive-de-Gier à Givors. Une méthode souple qui permettrait une desserte fine du territoire.

Une lueur d’espoir pour les opposants

En septembre dernier, le gouvernement Macron repousse sa décision. La ministre des Transports, Élisabeth Borne, a également reçu les collectivités qui participeront au financement de l’A45 ainsi que Christophe Guilloteau, président du Conseil départemental du Rhône et le président de la Métropole de Lyon, David Kimefeld, les 11 et 12 octobre derniers. La ministre a annoncé qu’elle présenterait au parlement une loi de programmation d’ici la fin de l’année 2017 dans laquelle figureront les investissements et donc les opérations qui seront retenues par l’État. Elle a clairement affiché ses priorités : investir sur “le réseau non concédé”, c’est-à-dire rénover “les routes nationales, dont la qualité se dégrade”.

Rassemblement des opposants "nopasarA45" le 18 septembre 2016 • Crédit photo : nona45.fr

 

Le projet pourrait-il passer aux oubliettes ? Ce serait une aubaine pour les opposants qui gardent espoir : “nous y croyons jusqu’au moment où des lobbies surpuissants pourraient faire capoter la décision”, conclut Maurice Fisch.

• Céline Giraud

L’A45 en dates

• 1993 : L’idée de doubler l’A47 émerge. Les études se multiplient et l’A45 devra relier La Fouillouse (au nord de Saint-Étienne) à Brignais (au sud de Lyon).
• Juillet 2008 : Déclaration d’utilité publique.
• Novembre 2011 : Le président du Conseil général de la Loire, Bernard Bonne et le vice-président de la Communauté d’agglomération de Saint-Étienne, Maurice Vincent, annoncent qu’ils financeront une partie du projet.
• Avril 2012 : Ouverture de l’appel d’offres, trois groupes posent leur candidature : Bouygues (qui se retira ensuite), Eiffage et Vinci.
• Mars 2015 : Laurent Wauquiez, candidat à la présidence du Conseil régional, annonce que s’il est élu, la Région financera la nouvelle autoroute A45.
• Mars 2016 : Un an après sa promesse, Laurent Wauquiez annonce que la Région financera le projet à hauteur de 100 millions d’euros.
• Avril 2016 : Vinci remporte l’appel d’offres.
• Juillet 2016 : La subvention de l’État à hauteur de 845 millions d’euros (valeur septembre 2014) est ramenée à 790 millions d’euros.
• Octobre 2016 : L’Autorité de régulation des affaires ferroviaires et routières (Arafer) donne un avis favorable à la concession qui doit être signée avec Vinci.
• 27 Juin 2017 : Le Conseil d’État rend un premier avis favorable au contrat de concession accordé à Vinci.
• Septembre 2017 : Le gouvernement d’Emmanuel Macron repousse sa décision et annonce revoir l’agenda des grands projets pour les transports.

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3 Commentaires sur "Autoroute A45 : Un projet « mensonger »"

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Thierry Minacori
Invité
Excusez-moi mais votre « nouvel » article ne propose pas de nouveaux arguments à opposer à l’A45. Or, plus le temps passe, plus le mécontentement passe du côté des automobilistes qui chaque jours se voient contraint d’emprunter cette route de plus en plus encombrée. Il est pourtant assez naturel il me semble d’avoir recours à l’argument du télé-travail, tant il réglerait le problème en augmentant de surcroit le niveau de vie des usagers; à l’heure où le pays est passé a 40% tertiaire.depuis les années 80. L’autre argument consiste a considérer gros responsable de cet encombrement l’augmentation indécente des prix de l’immobilier,… Read more »
patakes
Invité

Le marché immobilier est un marché libre, au sein duquel l’Etat n’intervient que très peu. A ce sujet, adressez-vous plutôt à Mario Draghi, patron de la BCE, qui distribue à tout va aux banques des montagnes d’argent à taux 0, alimenta,t ainsi les crédits immobilier et donc la bulle immobilière…

Gérard Peycelon
Invité

Rien de nouveau. Il n’existe aucune alternative à l’A45. C’est pourtant simple. St Etienne joue sa survie. L’A45, c’est de la légitime défense.

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