Klaus Barbie : il y a trente ans, un procès pour l’humanité

À l’occasion du trentenaire du procès de Klaus Barbie à Lyon, les Archives départementales et métropolitaines du Rhône et le Mémorial national de la prison de Montluc, proposent, chacune, une exposition revenant sur le travail laborieux qu’a représenté le jugement du bourreau de l’époque. Le public pourra les découvrir lors des Journées européennes du patrimoine, samedi 16 et dimanche 17 septembre et bien après.

Lors de l'inauguration de l'exposition aux Archives départementales et métropolitaines de Lyon, ce jeudi 14 septembre • Crédit photo : thiate.fr

 

Klaus Barbie, ancien SS ayant sévi à Amsterdam, à Dijon puis à Lyon, parvient à fuir en Amérique latine, après la guerre. Klaus Barbie est jugé et condamné à mort par contumace, pour crimes de guerre, en 1952 et en 1954. En cavale, Klaus Barbie échappe à toutes les poursuites judiciaires pendant près de quarante ans. Retrouvé par les époux Klarsfeld, il est extradé en France en février 1983.

À l’aide de rassemblement de témoignages et d’un long travail de reconstitution par les victimes et leurs familles, celui qu’on appelait “le boucher de Lyon”, a comparu devant la justice et ce, des décennies après la commission des faits. Le procès de l’ancien chef de la Gestapo de la région lyonnaise s’est ouvert le 11 mai 1987 et s’est clôt le 4 juillet 1987, devant la Cour d’assises du Rhône. Il s’agissait du premier procès pour crime contre l’humanité organisé en France ainsi que le tout premier procès intégralement filmé, en vertu d’une loi voulue par Robert Badinter - alors garde des sceaux - et votée en 1985, créant ainsi des archives audiovisuelles inédites.

La Une du Journal de Lyon, du lundi 4 mai 1987 conservée aux Archives départementales et métropolitaines de Lyon • Crédit photo : thiate.fr

 

Trois chefs d’inculpation sont retenus : la rafle au siège de l’Union générale des Israélites de France le 9 février 1943, la déportation des enfants d’Izieu le 6 avril 1944 et l’organisation du convoi du 11 août 1944 où six cent cinquante personnes sont déportées sans compter les nombreuses plaintes individuelles de crimes contre l’Humanité. Condamné à la réclusion à perpétuité, jusqu'au dernier jour, Klaus Barbie n'exprimera aucun remord. Atteint d’un cancer, il meurt quatre ans plus tard, en détention.

Des expositions pour la mémoire

Les archives du procès sont conservées aux Archives départementales et métropolitaines de Lyon. Il aura fallu un an et demi, mobilisant trois personnes à temps plein et une dizaine d’intervenants, pour préparer l’exposition  “Les mémoires du procès : Klaus Barbie devant la justice”, qui s’est ouverte jeudi 14 septembre. Articles de presse, témoignages, procès-verbaux d’interrogatoires de Klaus Barbie, procès-verbaux de confrontations, opposant l’inculpé aux témoins ou encore fac-similé du fameux télégramme impliquant Barbie dans la rafle d’Izieu, sont présentés aux visiteurs, leur donnant ainsi l’occasion de comprendre et de revivre l’oeuvre de justice telle qu’elle s’est construite.

Le fac-similé du fameux télégramme impliquant Klaus Barbie dans la rafle d’Izieu utilisé lors du procès et conservé aux Archives départementales et métropolitaines de Lyon • Crédit photo : thiate.fr

 

De G. à D. : Myriam PICOT, vice-présidente déléguée de la Métropole de Lyon en charge de la Culture et Maire du 7e arrondissement de Lyon ; Bruno Galland, directeur des Archives départementales et métropolitaines de Lyon ; Christophe Guilloteau, président du Département du Rhône et Martine Publié, vice-présidente déléguée du Département du Rhône en charge de la culture et du tourisme •  Crédit photo : thiate.fr

 

L’exposition permet de retracer le travail de longue haleine réalisé, pour retrouver, inculper et juger Klaus Barbie au printemps 1987. Pour Martine Publié, vice-présidente déléguée du Département du Rhône en charge de la culture et du tourisme, “cette exposition suscite de l’émotion, de la responsabilité et de l’engagement. Il a fallu une grande détermination pour arriver à ce procès qui a failli ne jamais avoir lieu”. Le directeur des Archives départementales et métropolitaines de Lyon, Bruno Galland, a confié que c’était une “profonde émotion de permettre aux visiteurs de consulter le fac-similé ainsi que les interrogatoires et les dépositions du procès. Ce sont ces documents originaux qui ont permis d’établir le procès. Ce que nous avons voulu montrer en présentant des documents du procès, c’est la rigueur et l’exemplarité avec lesquelles ce procès a été conduit. Nous aurions pu dire que le procès Barbie était une cause entendue d’avance et que, de toute façon, il allait être condamné. Les magistrats, les parties civiles, les témoins ont voulu que ce soit un procès extraordinaire par son objet mais parfaitement ordinaire dans son déroulement et avec le soin avec lequel il a été conduit. De cela, les archives témoignent et c’est important pour la perception que l’on peut avoir du procès”.

Procès verbaux du procès de Klaus Barbie en libre accès pendant l'exposition aux Archives départementales et métropolitaines de Lyon •  Crédit photo : thiate.fr

 

Ému, Christophe Guilloteau, président du Département du Rhône, révèle qu’à titre personnel, il se sent impliqué dans cette mémoire, en mémoire de tous mais aussi de son grand-père, grand résistant. “C’est un rendez-vous avec l’histoire. C’est un rendez-vous avec l’histoire de la France et l’histoire du Rhône, plus particulièrement. C’est la mémoire collective d’un procès qui a failli ne jamais avoir lieu. C’est une exposition qui relate ce qu’a été ce grand procès. Un procès hors normes dont nous espérons tous qu’il n’y en aura pas d’autres”.

Pierre Truche, procureur général au procès Barbie, était également présent à l’inauguration de l’exposition. “Quand on parle du procès Barbie, nous parlons de deux choses : du procès d’un homme qu’il faut conduire dans les règles les plus strictes, dans les droits de la défense et avec des preuves qui doivent être incontestables. Puis c’est l’occasion, dans l’ampleur de la découverte de ce qu’est un crime contre l’humanité - qui existait internationalement depuis longtemps mais en France depuis 1964 -, de montrer qu’un homme, dans une doctrine de nazisme, a pu être poursuivi sans tenir compte de la prescription”. Modeste, l’ancien magistrat a à peine répondu à notre question lui demandant s’il s’agissait du moment le plus marquant de sa carrière : “Est-il plus marquant de s’occuper de la justice de mineurs et de juger de leur avenir où est-il plus important de condamner un homme à perpétuité parce qu’il a envoyé en déportation des centaines et des centaines de personnes ?

L’ouverture de l’exposition “Klaus Barbie 1987 : mémoires d’un procès”, présentée sur des panneaux du chemin de ronde du Mémorial national de la prison de Montluc, a également attiré les foules ce jeudi 14 septembre. Ce lieu où, pendant l'Occupation, furent torturés sur son ordre, de nombreux juifs et résistants, dont Jean Moulin, rend hommage au travail de recherche effectué, pour juger l’ancien chef de la Gestapo.

L'un des panneaux de l'exposition au Mémorial national de la prison de Montluc • Crédit photo : thiate.fr

 

Symboliquement incarcéré à la prison de Montluc pendant une semaine, en février 1983, à son retour de Bolivie, Klaus Barbie est rapidement transféré à la prison Saint-Joseph, l’établissement de Montluc ne permettant pas de garder un prisonnier tel que Barbie. Des immeubles donnant sur la cour de promenade, les risques que Barbie se fasse tuer et que le procès soit interrompu, ont été jugés trop importants.

Philippe Rivé, directeur du Mémorial national de la prison de Montluc • Crédit photo : thiate.fr

 

Philippe Rivé, directeur du Mémorial national de la prison de Montluc précise que l’exposition est aussi destinée aux jeunes collégiens et lycéens :  “Ce que nous avons voulu ici, c’est une exposition pédagogique. Sur les vingt cinq mille visiteurs de Montluc, douze mille jeunes viennent chaque année. Nous avons voulu leur montrer à la fois le parcours d’un jeune Allemand qui devient nazi mais aussi le fonctionnement d’une cour d’assise car c’est une justice régulière. Contrairement à d’autres périodes où nous mettons en place des tribunaux d’exception, pour Barbie, il s’agissait d’un procès ordinaire, même si la teneur, l’attente et le public en ont fait un procès historique qui a été ressenti comme tel dès le départ”.

Ces deux expositions élaborées en collaboration, plongent les visiteurs dans le procès ordinaire d’un crime qui ne l’était pas.

• Céline Giraud

Informations pratiques :

Exposition “Les mémoires du procès : Klaus Barbie devant la justice”, jusqu’au 2 février 2018, aux Archives départementales et métropolitaines, 34, rue général Mouton-Duvernet 69003 Lyon

Exposition “Klaus Barbie 1987 : mémoires d’un procès”, jusqu’au 30 juin 2018 au Mémorial national de la prison de Montluc, 4, rue Jeanne Hachette 69003 Lyon

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